Pourquoi une charte du consentement dans le tango ?
Le tango est une danse de connexion. Il peut être profond, subtil, joyeux, parfois intense. Et justement parce qu’il se danse à deux, dans une grande proximité, il a besoin d’un cadre simple et clair : le consentement.
Cette charte n’est pas là pour “policer” la danse. Elle sert à protéger l’espace, à faciliter des relations saines, et à permettre à chacun·e de se sentir suffisamment en sécurité pour explorer, apprendre et partager.
Elle s’applique à toute personne présente (pratiques, milongas, cours, événements), quel que soit le niveau, le rôle dansé, l’âge, le genre, le statut, ou la relation avec l’équipe organisatrice.
Un exemplaire imprimé est à disposition lors des pratiques du mercredi et de chaque Chodoudouce milonga 😉
Principes
- Le consentement est obligatoire, explicite et réversible. Il peut être donné, ajusté ou retiré à tout moment, sans justification.
- L’absence de “non” n’est pas un “oui”. Un silence, un sourire, une hésitation, ou un “on verra” ne valent pas accord.
- La sécurité prime sur la danse. Le confort, la dignité et l’intégrité physique passent avant toute performance, “tradition”, séduction, ou démonstration.
- La responsabilité est partagée. Chacun·e contribue à la qualité relationnelle de l’espace.
- Inviter avec clarté et simplicité. Un signe, un “tu veux danser ?”, sans insistance.
- Le refus est normal. Il n’appelle ni explication, ni commentaire, ni pression, ni revanche sociale.
- Pas de négociation. Si la réponse est “non”, “pas maintenant”, “je fais une pause”, on remercie et on s’éloigne.
- Respect des bulles de repos. Une personne assise, en conversation, ou en retrait n’est pas “disponible par défaut”.
Pendant la danse : consentement en continu
- Le tango est un dialogue, pas une prise de contrôle. On écoute les signaux corporels et émotionnels.
- Consentement aux contenus. Tout ce qui implique intensité, proximité accrue, vitesse, rotation, ganchos, volcadas, colgadas, sacadas “engageantes”, ou jeux de jambe proches du corps doit être amené progressivement et accepté.
- Droit de stopper. À tout moment, chacun·e peut dire : “stop”, “moins”, “plus lent”, “on change”, “on s’arrête”.
- Tolérance zéro pour les gestes sexualisés non consentis. Pressions, frottements, commentaires, ou intentions qui déplacent le cadre sans accord explicite.
- Hygiène et soin relationnel. Odeurs, transpiration, alcool, fatigue : chacun·e ajuste sa présence pour préserver le confort collectif.
Ajustements utiles en phrases simples
Chacun·e peut utiliser, et accueillir, des formulations directes :
- “Plus d’espace, s’il te plaît.”
- “Plus doux / plus lent.”
- “Pas de ganchos / pas de volcadas.”
- “Je préfère une étreinte plus ouverte.”
- “Je m’arrête là, merci pour la danse.”
Pédagogie et pratiques : un cadre spécifique
- Toute correction se fait avec accord. On demande avant de toucher, de guider autrement, ou de “montrer”.
- Toucher pédagogique = consentement explicite. “Est-ce que je peux poser ma main ici pour te montrer ?”
- Droit de dire non à l’enseignement. En pratique sociale, une personne peut vouloir danser sans recevoir de conseils.
- Pas d’humiliation, pas de domination. On évite les remarques sur le corps, le niveau, ou la “bonne” façon d’être leader/follower.
Hors piste : paroles, messages, limites
- Respect de la vie privée. Pas de pression pour obtenir numéro, réseaux, rendez-vous, ou confidences.
- Refus = fin du sujet. Insister, relancer, culpabiliser ou se moquer est une transgression.
- Discrétion. Ce qui est partagé dans un cadre de confiance (émotions, vécus, limites) n’est pas redistribué.
Si un malaise ou une transgression survient
- Priorité : sécurité immédiate. La personne concernée peut s’éloigner, demander de l’aide, ou quitter l’espace.
- Signalement possible. Toute personne peut informer l’équipe d’organisation / responsable de salle.
- Accueil sans minimisation. On écoute, on prend au sérieux le ressenti, et on recherche des mesures de protection.
- Mesures possibles (selon gravité et répétition).
- rappel clair du cadre,
- médiation encadrée (si souhaitée),
- exclusion temporaire ou définitive,
- signalement aux autorités si nécessaire.
- Pas de représailles. Aucune sanction sociale contre une personne qui exprime une limite ou fait un signalement.
Engagement collectif et solidaire
Le consentement n’est pas seulement une affaire individuelle : c’est un projet solidaire et un choix relationnel. À deux, nous co-créons la relation dansée.
Quand chacun·e peut dire oui, non ou pas comme ça sans crainte d’être jugé·e, la relation devient sécurisante. La confiance ne vient pas d’une “bonne intention”, mais d’un cadre tenu dans la durée : écouter, ajuster, ralentir, revenir à plus simple, et respecter un stop immédiatement. Cela protège l’autre, cela me protège, et surtout cela crée entre nous un espace de rencontre clair, vivant, et digne.
Et parce que cette qualité relationnelle se diffuse, elle protège aussi l’espace pour tout le monde : plus il est normal de poser une limite, moins il y a de pression, d’ambiguïté et de malentendus.
En entrant en pratique et en milonga, je m’engage à :
- demander et respecter le consentement,
- accueillir les refus et les ajustements sans jugement,
- vérifier régulièrement que la danse est confortable pour les deux personnes (rythme, étreinte, intensité),
- prendre soin de ma propre limite et la dire clairement si besoin,
- contribuer activement à une culture du tango claire, chaleureuse et responsable
Merci de faire vivre, ensemble, un espace de tango sûr, respectueux et chaleureux !