L’ancrage

Le point de vue de la Médecine chinoise

Commençons par découvrir ce qu’en dis la médecine chinoise, ce regard millénaire sur les circuits énergétiques du corps humain.

Le 1er point du méridien du Rein – Yong Quan – est le seul qui se trouve sous le pied, en contact direct avec le sol. Étonnant quand on sait qu’il en existe plus de 400…

Yong Quan veut dire « Source bouillonnante », c’est le début de toutes les transformations : la Naissance.

Le caractère Yong signifie aussi « le courage » : celui de surpasser tous les obstacles. Et il contient aussi en partie le caractère qui représente l’Homme. Le sens du méridien du Rein est de devenir l’Homme au sens large du terme : avoir le courage de tenir debout sur nos deux jambes, de tenir debout dans le monde. Il joue donc un grand rôle dans la force d’esprit, la volonté, le courage, la détermination et la responsabilité. Il nous pousse à grandir physiquement et psychiquement. Depuis notre naissance il favorise la croissance et la maturité du corps et de l’âme.

Ce point, localisé au milieu de la voute plantaire permet la connexion avec la Terre, quand le champ électromagnétique de la Terre recharge le champ électromagnétique du corps, réinitialise les fréquences de l’organisme, et l’aide à retrouver sa splendeur…

…et si je le traduis dans le langage du tango, Yong Quan ressemble à ce moment où tout change sans que ça se voie : le moment où je cesse de “faire des pas” et où je me laisse porter par le sol.
En pratique, “habiter la voûte plantaire” n’est pas seulement une image : c’est un réglage très concret. Quand le poids descend vraiment dans le pied (sans s’écraser), la jambe devient un pilier souple, le bassin se stabilise, la colonne s’allonge, et le haut du corps peut rester disponible. C’est exactement pour ça que la marche est un laboratoire : elle vérifie si je suis dans le sol ou au-dessus du sol. Et c’est pour ça que les pivots demandent tant d’attention : ils révèlent immédiatement si mon ancrage est vivant (rotation qui se propage) ou forcé (rotation arrachée par les épaules, les hanches, ou l’effort).
À partir de là, l’ancrage devient aussi un sujet d’énergie et d’archétypes. Un ancrage “yin” donne une danse profonde, enveloppante, continue, où l’on sent la densité et la stabilité intérieure. Un ancrage “yang” donne une danse plus incisive, plus claire, plus rythmée, où les départs et les fins sont nets. Le but n’est pas de choisir un camp : c’est de pouvoir passer de l’un à l’autre sans perdre sa base. Et quand la base est là, l’interprétation s’ouvre : je peux suspendre, accélérer, alléger, densifier… parce que j’ai un endroit où “revenir”.
C’est aussi un point clé pour la relation : une personne guidée bien ancrée n’est pas “lourde”, elle est fiable. Elle n’a pas besoin de se crisper pour se sentir tenue, et elle peut garder ses limites sans lutte. En ce sens, l’ancrage n’est pas seulement une technique du corps : c’est une façon de dire au monde (et au guidage) : je suis là, je me tiens debout, je peux recevoir sans me perdre.

L’enracinement prévaut

« Et là nous comprenons que l’enracinement prévaut, que la descente précède l’élévation, que le porteur de lumière siège en nos profondeurs. » Olivier Neveu

J’ajouterai, voilà pourquoi on passe tant de temps en tango à travailler son rapport au sol dans la marche et dans les pivots et pourquoi il est si important d’habiter sa voute plantaire dans sa vie en général : c’est la base sur laquelle tout le reste pourra se déployer.

Et puisque j’adore apprendre en observant le vivant, je vous propose un très court — mais extrêmement beau — visionnage du règne végétal : on y voit que la croissance n’est pas une montée immédiate vers la lumière, mais d’abord une descente, un enracinement, une organisation invisible. C’est exactement la même logique en tango : la danse devient libre quand la base est habitée.

Eve Sevin

FONDATRICE DE TAO TANGO

📍Brousse en joie, 09000 Foix